lundi 29 novembre 2010

Comme si vous y étiez ...avec les photos...

Un nouveau parti est né. Europe Ecologie/Les Verts propose de refonder l'exercice de la politique. Le mouvement Europe Ecologie initié il y a deux ans par Daniel Cohn-Bendit entame un nouveau cycle.

La famille française de l’écologie politique s’est rassemblée ce samedi à Lyon lors des Assises nationales d’union entre Europe Ecologie et Les Verts. "Europe Ecologie/Les Verts", c’est d’ailleurs le nom qu’ont donné les militants avec 53,19% des voix à cette nouvelle force politique qui, en l‘espace de deux ans, s‘est imposée dans la roue du Parti Socialiste. Chacun, Nicolas Hulot en tête, salue le chemin parcouru depuis les journées d‘été des Verts à Toulouse en 2008 où ce nouveau mouvement n‘était qu‘embryonnaire et était âprement discuté suscitant irritations, crispations et incompréhensions. Après les deux bons scores électoraux des européennes (16,28%) et des régionales (12,2%), les Assises de Lyon signent la fin d‘un cycle politique pour Europe Ecologie. "C‘est un jour de renaissance" s’est d’ailleurs exclamée Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts et future secrétaire nationale du nouveau parti.

Mais en même temps qu’elle démultiplie perspectives et espoirs, une re-naissance expose dans les mêmes proportions à l’échec. "En espérant qu’à l’avenir, vous ne soyez pas une vulgaire offre supplémentaire" sur l’échiquier politique a prévenu un Nicolas Hulot qui reste toujours à l’écart, se fondant de plus en plus dans le rôle de conscience morale autoproclamée des écologistes français. "Vous avez une occasion historique de redonner du désir à ceux qui se sont éloignés de la noblesse de la politique", a-t-il poursuivi. Car les intentions de la fusion d’Europe Ecologie et des Verts est d'inaugurer une ère nouvelle dans la fabrication du politique et de ses pratiques : "créer le premier parti politique coopératif de l’histoire", selon Cécile Duflot. Rien de moins.

Coopérateurs et tirage au sort

"Les partis ont peu d’adhérents", constate la secrétaire national du parti, "y compris les Verts", quand Europe Ecologie a, selon elle, mobilisé 35.000 personnes. Philippe Meirieu, lui, perçoit les partis traditionnels comme "des machines destinées à organiser des carrières politiques et à réguler la compétition pour les places." ll ne le dit pas, mais les Verts sont eux aussi tombés dans ce travers, prisonniers de luttes d’égos et de courants, concernés aussi par le cumul des mandats. Avec Europe Ecologie/Les Verts, les uns et les autres entendent se fixer de nouvelles règles et, selon Meirieu, mettre au cœur de leur fonctionnement "la probité des engagements individuels et collectifs."

"C’est un parti et un réseau coopératif ", expose Cécile Duflot, à propos de cette nouvelle formation. Cet OVNI politique doit répondre "à une frilosité vis-à-vis de l’engagement partisan ." Pour ce faire, sera créé, entre les adhérents et les sympathisants, le statut de "coopérateurs." Ceux-ci vont participer aux travaux de réflexion, pourront voter lors de débats thématiques. Ils ne participeront pas à la désignation des candidats, mais pourront gagner l’investiture du parti et se présenter aux élections. "A la condition qu’ils ne soient pas membres d’un autre parti" , précise Meirieu. "C’est une passerelle vers l’engagement approfondi", souligne Duflot.

En plus des coopérateurs, l’autre innovation consiste à l’établissement du tirage au sort et sur la base du volontariat de 20% des membres des instances du futur mouvement. Un procédé qui rappelle la Grèce Antique qui, s’il n’est pas antidémocratique, remet en cause le principe de l’élection. Ce tirage au sort serait utilisé dans les instances de réflexion, pour trancher une position commune. Il n’est toutefois pas question de l’utiliser pour choisir un candidat. "C’est un moyen de donner la parole à ceux qui ne sont pas dans une logique de carrière, à ceux qui ne jouent pas des coudes pour parler ", explique Philippe Meirieu qui reconnait avoir été réticent au début. Selon lui, avec ce système, "les calculs politiciens de courant tombent", puisque le résultat final ne peut être anticipé.

Houcine Haddouche

Ces propositions ont un air de déjà-vu. Elles viennent après les modes déçues et épuisées par la politique de la démocratie participative et des forums citoyens formés en 2007 par Ségolène Royal et Désirs d’Avenir. Les écolos sont convaincus d’en avoir tiré les leçons et de pouvoir éviter les écueils de l‘illusion participative. "L’intérêt de la coopérative, c’est d’aller vers les citoyens. Il nous faut une structure où on écoute le citoyen et si on écoute, d’être capable de changer nos propositions. Les partis politiques ont fait une erreur en pensant que la démocratie participative, c’est la démocratie" a martelé Daniel Cohn-Bendit. "Désirs d’avenirs, c’était des débats gadgets. Il faut donner une valeur décisionnelle aux propositions des citoyens", ajoute Michèle Rivasi.

La gauche ?

L’autre difficulté et futur enjeu pour le nouveau parti réside dans la définition de ses relations avec le reste des partis de gauche. Europe Ecologie cultive l'équivoque sur ce point. Quand Cécile Duflot réaffirme son ancrage à gauche, Daniel Cohn-Bendit plaide pour sortir sortir du clivage bipartisan. D’autres, comme le Modem de François Bayrou, s’y sont essayés avec quelque infortune. " Le rôle politique d’Europe Ecologie est de rassembler au-delà de la gauche pour gagner face à Nicolas Sarkozy. La force politique capable de rassembler au-delà de la gauche, et non pas contre la gauche traditionnelle et radicale, c’est l’écologie politique", clame Daniel Cohn-Bendit.

Mais il y a quelque chose d’insoluble dans ce contrat de rassemblement. Car en n'excluant a priori ni la gauche traditionnelle (PS, PCF, PRG), ni la gauche radicale (NPA, Parti de gauche), ni même le centre (Modem), Europe Ecologie propose un contrat de rassemblement impossible tant les antagonismes partisans et idéologiques de ces différents mouvements politiques sont enracinés. Les logiques électoralistes dicteront sans doute les alliances futures. Mais la visée du nouveau parti n'est pas de subir les alliances électorales, mais au contraire de les organiser: Europe Ecologie/Les Verts "a vocation à devenir majoritaire et pas une force de contestation" dit Cécile Duflot. Avant d'y parvenir, il faudra démontrer que toutes ces difficultés ne sont pas insurmontables.

A Lyon, Verts + Europe Ecologie = Europe Ecologie-Les Verts

Les militants ont voté : le nouveau rassemblement politique des écolos s'appellera, sans surprise, Europe Ecologie-Les Verts. Réunis à Lyon, les membres des deux formations ont fait le choix qui préservait les susceptibilités des anciennes organisations et permettait d'afficher leur unité. Presque toutes les composantes de la famille écolo étaient présentes, y compris Nicolas Hulot venu en guest star, (mais pas Corinne Lepage qui juge le curseur de la nouvelle formation trop à gauche).

Philippe Meirieu, vice-président Europe Ecologie de la région Rhône-Alpes, explique l'enjeu de ce rassemblement lyonnais :

Philippe Meirieu : On ne peut pas parler de fusion : les Verts faisaient déjà partie d'Europe Ecologie. On peut parler de métamorphose, de transformation, d'élargissement, de reconfiguration. L'enjeu est double. C'est dépasser une certaine structuration politique traditionnelle, un peu obsolète et sclérosante. Et afficher l'écologie politique comme une vraie alternative, et pas comme un complément d'âme aux autres formations politiques.

Pourquoi êtes-vous membre d'Europe Ecologie et ne l'avez-vous jamais été chez les Verts ?

J'étais un grand admirateur de René Dumont. Mais je les voyais plus comme des poils à gratter qui posaient des bonnes questions que comme une formation disposant des compétences suffisantes sur l'ensemble des sujets pour assumer des responsabilités politiques. J'étais un peu agacé par les querelles entre leurs différents courants. D'ailleurs je me suis battu, une fois à Europe Ecologie, pour que les quotas entre courants soient abolis.

Quel est l'intérêt pour les Verts de ce changement ?

Je comprends que ce soit douloureux pour certains militants historiques des Verts qui ont mené un long combat. Mais les vicissitudes des Verts - la dernière en date étant la candidature de Dominique Voynet à la présidentielle - montrent qu'ils n'avaient pas l'assise suffisante pour assumer des responsabilités. Ce changement permettra à l'écologie politique de changer la donne dans la politique française. C'est une mutation essentielle pour eux.

Aurez-vous forcément un candidat à la présidentielle ou pouvez-vous soutenir dès le premier tour un candidat socialiste ?

C'est un débat mais il est à peu près tranché. Nous souhaitons avoir un candidat et un programme spécifique.

Que pensez-vous de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche ?

Je le respecte beaucoup. Il a fait un travail intéressant quand il était ministre délégué à l'Enseignement professionnel. Mais nous ne partageons pas toutes leurs options. Nous n'avons pas du tout la même position sur l'Europe, ou sur le productivisme. Nous nous efforçons d'être dans une culture de construction face à un Front de Gauche qui propose moins qu'ils ne s'opposent, parfois de façon incantatoire. Je ne vois pas toujours les solutions qu'ils proposent.

Quels peuvent être les points essentiels en vue d'un accord avec le PS ?

Notre programme pour 2012 est en cours d'élaboration. Je vais donc vous faire partager mon intuition personnelle. Nous sommes très attachés au changement de mode de scrutin, à l'institution de la proportionnelle et au non-cumul des mandats. Nous devons réfléchir à la sortie du nucléaire et à notre modèle économique. Également au rapport entre le système financier et l'économie réelle. Je pense que nous ne nous mettrons pas d'accord sur un programme commun, mais sur un contrat de mandature.

Apis-MCD avec Anne Tesson, Jean Noël Chassé, Claude Veyret, Pierre Dalstein , Rulleau fils , etc...

Europe Ecologie, entre la coopérative et le mouvement politique

Le rassemblement de ce samedi aux Assises de l'écologie politique à Lyon se doit de devenir une référence. La confiance que nous aurons dans notre réseau-parti sera notre seul rempart face aux sectarismes et aux tendances sécessionnistes. Les querelles passées disparaîtront quand les bases du rassemblement feront table rase de ces détails de notre histoire commune.

Dans un texte paru en 1974, et intitulé « Leur écologie et la nôtre », André Gorz avait prévu la récupération insidieuse de l'écologie par les grandes forces du capitalisme. Aujourd'hui, le greenwashing est devenu la règle, les forces productivistes tentent de nous réduire au statut de consommateurs-producteurs et notre salut ne passerait donc que par l'absolution qu'est censée nous offrir la sacro-sainte croissance verte. Non, ceci n'est pas notre écologie, aussi diverses soient les tendances au sein de notre mouvement.

Le rassemblement des écologistes, initié il y a maintenant deux ans, nous a offert nos plus grandes satisfactions électorales depuis l'émergence de l'écologie politique en France dans les années 1970 avec René Dumont. La maturation de nos idées s'est couplée à l'avènement de la prophétie annoncée par nos aînés, et nous avons logiquement transformé l'essai lors de nos succès électoraux consécutifs.

Nous avons ainsi su nous installer durablement comme la troisième force politique nationale, provoquant des turbulences au sein du système bipolaire classique qui asphyxiait depuis trop longtemps l'émergence d'une offre politique novatrice.
Le grand rassemblement tenté par le NPA, puis par le MoDem, n'a pas abouti par faute d'une centralisation du pouvoir autour d'une personnalité unique. Notre fédération n'a pas le même socle car c'est notre projet qui nous unit, au travers de la reconnaissance de notre manifeste pour une société écologiste.

Cohn-Bendit et Duflot ont rallié les écolos de Hulot à Bové

Nous irons donc plus loin car chacun a su faire l'effort de ne pas s'accaparer l'unité du mouvement, de comprendre l'autre qui nous tendait la main : nous avons appris en tâtonnant, en s'offusquant du retour opportuniste d'untel, de la foi submergente des néo-convertis face à des militants de plusieurs décennies, du mépris des nouveaux arrivants pour nos acquis et réalisations.

Les Verts ont été les moteurs de ce changement et du rassemblement des écologistes. Nous avons consenti à faire émerger des figures issues de divers horizons et permettant l'enrichissement de notre corpus doctrinal.

D'un côté, Dany a su créer l'alchimie d'un rassemblement large et éclectique : c'est lui qui a déclenché l'étincelle de notre fusion-création, dans l'espoir de rallier les écologistes de Hulot à Bové. De l'autre, Cécile a su transcender les Verts, parvenant à fondre le parti dans un rassemblement plus large, malgré l'incertitude liée à une telle prise de risques.

Le statut de coopérateur, une vraie innovation

Notre plus grande victoire n'est pas électorale, et je me réjouis d'écrire ces mots qui démontrent bien que nous avons franchi un cap dans la manière dont nous concevons la politique. Notre vrai succès, c'est l'intégration de la culture associative dans l'identité du rassemblement, grâce à la création du statut de coopérateur.

Ce statut particulier, à mi-chemin entre l'adhérent et le sympathisant d'un parti politique, est inédit dans le système politique français. Ce statut permet à tout un chacun d'agir au sein d'un mouvement politique, de faire ce qui lui plaît le plus sans pour autant endurer le laborieux fonctionnement interne du parti. Il offre ainsi une approche différenciée du militantisme, ce qui est une excellente chose car les nouveaux arrivants dans les partis sont le plus souvent déçus.

Le tableau suivant suffit à résumer la différence de statut entre adhérent et coopérateur. (Merci au blog de Florent Mignot pour sa réalisation)

L'alchimie coopérateurs-adhérents, c'est la coopération entre des instances politiques et l'expertise en provenance de la société civile. C'est la reconnaissance du droit à tous de participer à un projet commun sans pour autant s'enfermer dans une logique partisane stérile. Cette alchimie a fait et fera le succès de notre mouvement.

Cependant attention à ne pas endosser des habits trop grands pour nous. L'étape d'aujourd'hui est essentielle mais elle en appelle d'autres, nombreuses, qui devront parfaire notre rassemblement et en amener d'autres à nous rejoindre. Soyons fidèles à notre philosophie en gardant toujours notre éthique de simplicité et de responsabilité pour éviter l'outrecuidance des partis politiques traditionnels et la mésaventure d'une bulle médiatique.

Soyons conquérant sans être prétentieux, soyons ambitieux sans être arrogants. Passons du statut de lanceur d'alerte à celui d'une force politique crédible afin de conquérir de nouvelles majorités politiques et culturelles.

Michèle Rivasi

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