Pascal Durand, tête de liste EELV aux européennes: «Ni eurosceptiques, ni eurobéats mais eurolucides»
INTERVIEW – L’ex secrétaire national d’EELV explique quelle Europe son parti veut défendre et mettre en place...
L'écologiste Pascal Durand, député européen et tête de file en Ile-de-France pour les élections européennes, explique à 20 Minutes comment son parti appréhende le scrutin, qui se déroulera le 25 mai prochain.En 2009, vous aviez créé la surprise en obtenant 16% et 17 députés européens. Quel est votre objectif cette fois?
Le même! Sans être prétentieux ou arrogant, nous avons l’ambition et la détermination de réussir cette campagne. Le risque, c’est que l’Europe soit prise en otage par la politique nationale: on ne laissera pas faire. Ce n’est pas un vote pour ou contre Hollande.
Vous revenez d’Ukraine où une partie de la population clame son envie d’Europe. N’y-a-t-il pas un paradoxe avec les citoyens européens qui semblent se désintéresser de la chose européenne?
Ce n’est pas un paradoxe mais un très bon miroir que nous tend l’Ukraine. Les valeurs que représentent l’UE - la paix, la liberté, l’Etat de droit - font envie à nos frontières. Cette révolte de la jeunesse ukrainienne nous renvoie aux origines de ce pour quoi on a créé l’Europe et nous interroge: n’avons-nous pas perdu de vue en chemin les fondements de l’Union Européenne au nom d’une financiarisation de la vie, d’une mise en concurrence globale? Jamais autant que maintenant nous avons eu besoin de construire, ou plutôt reconstruire cette Europe de la solidarité. C’est cette nécessité d’Europe qui doit être au cœur des solutions de notre vie en commun.
Et pourtant, ce sont les partis extrémistes qui semblent gagner du terrain partout en Europe…
Je ne serais pas aussi pessimiste. Il y a effectivement une montée du vote protestataire mais ce n’est pas qu’une tentation du repli sur soi, de l’égoïsme, même si cela existe. C’est aussi le résultat d’une déception vis-à-vis de l’Europe, des politiques publiques menées par l’UE. Et c’est vrai, l’UE se coupe de ses citoyens, elle perd de sa légitimité démocratique à cause de la co-décision étatique des conseils européens. Mais je crois aussi qu’on n’a pas su valoriser les avantages acquis de l’UE: je vous laisse imaginer les conséquences de la crise de 2008 s’il avait été possible de spéculer sur la lire italienne ou la peseta espagnole. La crise aurait été autrement plus forte dans les pays les plus faibles. Puis l’Europe, même si c’est parfois trop tardif, commence à mettre en œuvre une régulation.
Mais comment convaincre les abstentionnistes et les électeurs tentés par le vote identitaire?
Il faut être conscient qu’une partie de la population ne croit plus à la capacité des politiques à changer le réel. C’est aussi la faute des partis, notamment en France où, à l’UMP comme au PS, on envoie au Parlement des gens qu’il faut récompenser ou recaser, c’est grave. Mais raison de plus pour occuper l’espace! Notre rôle n’est d’être ni eurosceptiques ni eurobéats mais d’être eurolucides. A nous de montrer les opportunités que peut offrir l’Europe. Pour nous l’UE est un espace indispensable pour construire une réponse aux problèmes que sont le chômage, la désindustrialisation, la problématique des transports, ou du climat, qui ne peuvent se régler qu’à l’échelle continentale. Il faut le marteler, l’Europe est la solution. Mais une Europe fondée sur la solidarité, pas sur la concurrence, sur l’intérêt général, pas sur les égoïsmes nationaux. Il faut une politique d’investissements de projets européens, un service public européen, dire qu’il y a des biens qui ne doivent pas être soumis à la concurrence, comme l’énergie ou l’eau. Nous prônons une vraie gouvernance démocratique avec un Parlement qui joue pleinement son rôle et qui met en œuvre une politique d’intérêt général et non, comme c’est trop souvent le cas, une somme d’intérêts particuliers. Et l’Ukraine le rappelle douloureusement: il faut que sur la scène internationale, l’UE parle d’une seule voix.
Adhérez-vous au discours de votre allié au gouvernement, le PS, qui fait campagne sur la réorientation de l’UE?
Une des raisons pour lesquelles les gens vont vers le vote protestataire c’est le décalage entre les discours et les actes. C’est exactement ce que fait le PS. S’ils veulent une autre Europe, pourquoi voter la baisse du budget européen, qui a pour première conséquence des coupes dans les programmes sociaux?
Propos recueillis par Maud Pierron