Le duo Eva Joly-Cécile Duflot, symbole de la paix chez les écolos ? Eva Joly et Cécile Duflot côte à côte, souriant. Pour certains, cela pourrait être l'image à retenir de ces Journées d'été des écologistes, ouvertes jeudi à Nantes. Le symbole d'une fusion harmonieuse entre Europe Ecologie et les Verts, qui cherchent en se mariant à pérenniser leurs succès électoraux.
L'ancienne juge pourrait être la candidate écologiste à la présidentielle. Elle ne l'exclut pas et, surtout, la secrétaire générale des Verts, sa potentielle rivale, a affirmé, dans une interview parue ce même jeudi dans Le Nouvel Observateur, qu'elle était "réticente" à se présenter en 2012. Duflot semble avoir adoubé Joly, plus connue pour sa lutte contre la corruption que pour la protection de l'environnement : "Eva est une vraie écolo", a-t-elle notamment dit. Mieux, elle a évoqué l'idée d'un "ticket" Joly-Duflot – l'une briguant l'Elysée, l'autre Matignon –, une formule avancée par l'universitaire Bastien François, également présent à Nantes. D'où ce symbole d'Eva et Cécile, tentant, qui trancherait avec les querelles récentes et passées des écologistes.
Tout n'est pas pourtant pas simple. La personnalité d'Eva Joly séduit certes une grande part des militants, qui l'ont largement applaudie, notamment jeudi soir en plénière. Les rares qui disent qu'ils lui auraient préféré Cécile Duflot pour 2012 semblent prêts à se ranger: "Si je devais me prononcer sur l'idéologie, plus que sur le réalisme politique, je choisirais Cécile", résume Eric Morgen, assistant du groupe Vert à la région Franche-Comté. L'idée de "ticket", rejetée par Daniel Cohn-Bendit ou José Bové, fait moins l'unanimité. Plus profondément, on sent chez les militants écologistes une méfiance vis-à-vis de la présidentielle. En disant jeudi matin "j'en ai marre de 2012", le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye s'est d'ailleurs fait applaudir. Comme si certains craignaient que la médiatisation autour des champions écolos ravive de mauvais réflexes politiques.
D'ailleurs, Daniel Cohn-Bendit a détoné, tout ce jeudi, affichant plusieurs fois sa "lassitude", devant des grappes de journalistes. "La vérité aujourd'hui, c'est que la construction d'Europe Ecologie ne passe pas par moi", a notamment déclaré l'eurodéputé Europe Ecologie. Ou encore: "Il y a des personnalités qui ne rêvent que d'avoir un appareil en main, c'est leur vie, si je n'étais pas poli, je dirais que ça les fait bander"... Que veut dire Dany ? "Il essaye de forcer un peu la marque", sourit Louardi Boughedada, Vert adjoint au maire de Dunkerque, présent lors du Comité d'animation et de pilotage (CAP) tenu mercredi entre les dirigeants Verts et EE. Une façon de dire que Cohn-Bendit cherche à faire monter les enchères dans les négociations en cours entre les deux structures. "Dany est fatigué par certaines choses qui sont dites, comme cette histoire de 'ticket' Eva-Cécile", estime Sandrine Bélier, eurodéputée Europe Ecologie, également présente au CAP. Certains voient dans le duo le signe d'un "deal" passé entre les Verts et Europe Ecologie : en échange de sa bienveillance pour la candidature d'Eva Joly en 2012, Cécile Duflot récupèrerait la direction du futur parti "unifié", qui doit naître lors des Assises du mouvement, à Lyon en novembre.
"Il n'y a pas de deal", insiste pourtant Yannick Jadot, député européen Europe Ecologie. L'ancien de Greenpeace explique que les Verts refusent pour l'instant l'idée d'une direction collégiale ou bicéphale pour le futur parti. Un point crucial aux yeux de membres d'Europe Ecologie: si le futur parti n'a qu'une tête – et celle de Cécile Duflot –, cela veut dire que le parti Vert n'a accompli qu'une "demie-mue", argumente Sandrine Bélier.
Une des surprises des Journées d'été, annoncée jeudi soir par Eva Joly, est peut-être à lire dans le cadre des négociations en cours : l'ancienne juge a fait un tabac en annonçant qu'elle souhaitait l'organisation de primaires écologistes ouvertes pour 2012. Elle conquèrerait ainsi sa légitimité.
Beaucoup de choses restent à écrire, dans l'avenir du mouvement. "Les réunions de tendances ont toujours lieu, mais cette année, on ne les annonce plus publiquement", s'amuse un militant des Verts de longue date, histoire de dire que des tractations ont encore lieu entre les anciens courants du parti écolo. " C'est sûr que beaucoup chez les Verts se demandent ce qu'ils vont devenir, c'est normal, certains ont gravi les échelons pendant des années. Ce protectionnisme est récent", reconnaît Jérôme Rohart, élu Vert à Tourcoing. Mais le militant entré au parti en 1989, souligne surtout, comme beaucoup, les bons côtés de la dynamique en cours depuis l'émergence d'Europe Ecologie: "Notre groupe local a doublé ses militants, on a gagné 3 points à une cantonale partielle en juillet et fusionné les deux structures Verts et EE. Et ça marche."
Les discussions entre dirigeants écologistes, elles, ne manqueront pas de se poursuivre vendredi et une réunion est prévue samedi.
Ecologistes : Joly et Duflot affichent leur unité
Le pacte entre les dirigeants écologistes n'est pas totalement écrit, mais les contours se dessinent. Lors de la plénière finale des Journées d'été écologistes, Eva Joly et Cécile Duflot se sont affichées ensemble devant les objectifs des photographes, avant de monter à la tribune pour clore les journées d'été. Longuement applaudies par les militants, elles affichent ainsi leur unité. L'ancienne magistrate a donné des gages en faisant discours axé sur le social et les thématiques chères à la ligne des militants Verts. Elle a plaidé pour "une meilleure répartition des richesses" "sans attendre le retour de la croissance".
Mais elle s'est également faite ovationner en se plaçant sur un terrain personnel : "Vous vous demandez peut-être comment une femme avec une voix faible et un accent étranger peut porter le projet écologiste ? Des accents, nous sommes nombreux à en porter, il y a celui de Marseille, de Béthune, de Strasbourg, celui des Roms. Et je les représente tous un peu..".
A son tour, Cécile Duflot égrène les rendez-vous sociaux de la rentrée. Et les succès à venir pour les écologistes. En évoquant Eva Joly, elle fait référence aux périodes de disette électorale qu'ont connu les militants Verts. Et précise : "Je m'exprime probablement pour la dernière fois comme la secrétaire nationale des Verts". "Certains ont aidé à mettre le bateau à la mer, il faut maintenant traverser vers l'autre rive", dit-elle également, dans une allusion transparente à Daniel Cohn-Bendit.
Cette prestation des deux femmes est aussi une manière de s'affirmer dans le débat qui a occupé les cadres écologistes lors de ces Journées de Nantes. Et de mettre en avant un duo entre un future candidate en 2012 et une future secrétaire nationale du parti écologiste ?
Depuis deux jours, un des points qui animent les discussions entre Verts et membres d'Europe Ecologie est la structure de la direction du futur parti. Daniel Cohn-Bendit et ses partisans ont plaidé, dans les médias, pour une direction à deux têtes, qui symboliserait la "mue" harmonieuse. Et regretté que les Verts refusent de lâcher, préférant un secrétaire national unique, a priori Cécile Duflot. Pour certains Verts, cela pourrait être une forme de compensation pour d'autres concessions, notamment l'acceptation de la candidature à la présidentielle d'Eva Joly, venue de l'extérieur du parti.
DIRECTION BICÉPHALE
Officiellement, rien n'est tranché - la décision revient in fine aux militants - mais un schéma est évoqué. Il comprend un secrétaire national (a priori Cécile Duflot) et un président, qui chapeauterait un conseil politique collégial, plus des porte-parole. Le nom de l'eurodéputé Jean-Paul Besset, proche de Nicolas Hulot, circule comme candidat potentiel pour cette présidence.
Yannick Jadot, eurodéputé proche de Daniel Cohn-Bendit, évoque un schéma légèrement différent. Pour lui, il s'agit d'une direction constituée de deux postes différents dans la fonction ("l'un exécutif, l'autre politique, par exemple"), pas d'un secrétaire national unique, flanqué d'un "président d'honneur". La nuance tient peut-être au fait que le nom de M. Jadot a été évoqué par Daniel Cohn-Bendit pour diriger le parti avec Cécile Duflot.
"Ces discussions-là n'intéressent pas beaucoup les militants", relativisent certains. Surtout, contrairement aux débats enflammés chez les écologistes, elles n'empoisonnent pas l'atmosphère de Journées d'été, qui se terminent sur un bilan plutôt positif. Plus nombreux que jamais, les écologistes ont connu à Nantes un rassemblement au contenu assez riche, "bien plus large et profond qu'à Nimes l'année dernière", estime Sophie Camard, conseillère régionale PACA.
L'affluence record renforce le moral des militants. Et les dirigeants ont choisi de construire un "parti unifié", sans le bras de fer que beaucoup redoutaient. Malgré les tensions au sommet, la greffe semble tout de même prendre, entre Verts et "divers". La prochaine grande échéance est en novembre, lors des Assises à Lyon. "Tout n'est pas rose, mais on a connu tellement, tellement pire...", sourit une militante.
Alexandre Piquard
